La Colline aux Coquelicots

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Film d’animation de Goro Miyazaki, 1h31.
Sorti en salles en France le 11 janvier 2012, en DVD/BluRay le 4 juillet 2012.

Un an après Arrietty, les salles obscures françaises accueillent un nouveau film d’animation du studio Ghibli. Adapté d’un manga de Chizuru Takahashi et Tetsuro Sayama (sorti en version française chez Akata/Delcourt), La Colline aux Coquelicots est signé Goro Miyazaki, réalisateur portant le poids d’un héritage familial plutôt lourd : fils du célèbre Hayao Miyazaki, son premier film, Les Contes de Terremer, sorti en 2007, n’a pas vraiment fait le bonheur des critiques. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares Ghibli que je n’ai pas vus, refroidie par les avis plutôt négatifs émis à l’époque. La Colline aux Coquelicots va-t-elle lui permettre de commencer à se faire sa place, imposer sa patte, montrer sa propre sensibilité ?

En 1963, Umi Matsuzaki n’est que lycéenne mais parvient à gérer une pension de famille tout en continuant ses études. Son père, marin, est mort durant la guerre de Corée et sa mère est à l’étranger où elle est professeur d’université. Tous les matins, au milieu des différentes tâches ménagères dont elle s’occupe avec efficacité, elle tient à lever les drapeaux de signalisation face à la mer, comme elle le faisait plus jeune pour aider son père à rentrer au port. Et tous les matins, sans qu’elle puisse le voir, un bateau lui répond…Au lycée Konan, les garçons du Quartier latin, la résidence étudiante, refusent de voir leur vieux bâtiment démoli pour faire place à du neuf et font tout pour se faire entendre. C’est à l’occasion d’une de leurs manifestations qu’Umi rencontre Shun Kazama, travaillant à la rédaction du journal…

Les premières minutes du film, où l’on suit le réveil d’Umi et la préparation du petit-déjeuner pour les occupants de la pension, sans aucune parole, illustrent parfaitement ce qui se dégage des 1h31 du film : douceur, tendresse, chaleur, simplicité. Là où Les Contes de Terremer n’était pas un modèle de joie de vivre, la vie quotidienne d’Umi, dans ce Japon des années 60 en pleine reconstruction, est une véritable bouffée d’air frais, revigorante et enthousiaste, où l’on est transporté par l’énergie idéaliste et déterminée d’une jeunesse engagée, intrépide et volontaire, prête à tout pour faire sa place dans un monde en pleine révolution. Les femmes commencent à s’émanciper – longues études, médecine, astrophysique – et la jeune Umi n’est d’ailleurs pas en reste. Si elle est une pro en cuisine ou tenue d’une pension, elle n’hésite pas à avancer sans peur ni retenue excessive, sans a priori ni timidité maladive qui handicape si souvent les héroïnes cruches de shôjo mangas. La forte relation qu’elle lie petit à petit avec l’énergique Shun se tisse au fil des jours, des rencontres, des discussions et des confidences, avec pas mal de subtilité et de finesse, sans qu’on n’ait jamais l’impression que tout tombe du ciel sans explication, ni logique, ni vraisemblance.
Le scénario se construit autour de la jeune fille, de son histoire familiale sans pathos ni lourdeur – son père est mort mais son souvenir n’est jamais loin sans pour autant tomber dans la déprime, il fait simplement partie de qui elle est – ainsi que la sauvegarde du Quartier latin. Le bâtiment est comme les bains du Voyage de Chihiro, espèce de labyrinthe aux multiples recoins sur plusieurs étages, à ceci près que celui-ci n’a pas vu une serpillère ou un balai depuis la fin de l’ère Meiji (1868-1912). Le souci du détail, marque de fabrique de Ghibili, est ici poussé à son paroxysme, le moindre centimètre carré étant utilisé par les étudiants pour installer leurs innombrables clubs, avec toute la poussière et la paperasse qui vont avec. Et c’est de toute façon vrai également pour tous les décors du film, magnifiques, tour à tour colorés, vivants, usés, chatoyants, verdoyants, véritable régal pour les yeux.
Autre préoccupation du film, au delà des révoltes étudiantes qui agitent le monde durant les années 60, c’est la question de l’avenir du Japon qui se pose : d’un côté, le pays d’avant-guerre, traditionnel, porteur de modèles mis à mal par les années, que certains voudraient voir définitivement disparaître pour aller de l’avant quitte à oublier d’où ils viennent, de l’autre un pays en devenir, Tokyo s’apprêtant à accueillir les JO de 1964, avec toutes les craintes que cette évolution et ce modernisme trop rapides ne puissent être assimilés et détruisent l’âme du pays. La sauvegarde du Quartier latin, bastion de l’ancien temps, n’est que le symbole de cette question et c’est par l’union de tous, partisans du neuf et du traditionnel, que la réponse peut finalement être trouvée, permettant à tous d’évoluer et d’aller de l’avant sans pour autant craindre de perdre leurs bases, leurs fondations, leurs racines.
Pas de fantastique ici, on est plus proche, dans l’ambiance, la narration, le ressenti, d’Omoide Poroporo d’Isao Takahata que des précédentes réalisations de Miyazaki père. On suit le quotidien de jeunes en devenir, ne reculant devant aucune possibilité, mus par un ardent désir de vivre, de découvrir et de faire leur place plutôt que par la peur de l’inconnu et du changement.

La Colline aux Coquelicots se révèle être un beau film, poétique, plein d’espoir et de rêves, un brin mélancolique en nous proposant une plongée dans une époque où tout semblait plus simple, où tout paraissait possible, mais surtout un film frais, drôle, énergisant, doux et sucré. La très belle chanson de fin, celle qu’on entend dans la bande-annonce, est d’ailleurs une parfaite manière de terminer, avec sa petite note douce-amère qui touche au cœur et nous fait sortir de la salle avec un petit sourire serein et rêveur.

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