Le Chef de Nobunaga vol. 1 et 2

Série en cours par Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa, éditée en VF par komikku, en VO par Houbunsha.
Sens de lecture japonais, 130x180mm, 8,50€.
Deux premiers tomes sortis en mars 2014, 192 pages.

chefnobunaga01Après s’être essayé au manga culinaire avec Mes petits plats faciles by Hana et au manga historique avec Eurêka !, komikku combine les deux genres dans Le Chef de Nobunaga.
L’occasion pour moi de replonger dans mes livres sur l’Histoire du Japon, qui m’avaient permis d’écrire quelques articles sur le sujet il y a quelques années (si vous avez peur d’être un peu perdus, n’hésitez pas à y jeter un œil).

Un bandage autour de la tête, Ken est poursuivi par des soldats en armure dans le Japon de 1568, sans savoir ce qu’il fait là. Il ne doit son salut qu’à un plongeon dans une rivière glacée… dont il ressort une anguille dans les mains. Le jeune Natsu ayant été témoin de ses ennuis l’invite chez lui où il va avoir la surprise de découvrir que son nouveau compagnon, bien que blessé à la tête et amnésique, se révèle être un cuisinier hors pair. Rapidement, sa réputation fait le tour de la ville et le voilà recruté par Oda Nobunaga, seigneur de guerre en pleine ascension.

Le Chef de Nobunaga, c’est un peu Jin le médecin envoyé en 1862 qui rencontre Le Restaurant du bonheur. Qu’on soit amateur de cuisine japonaise, de Japon médiéval ou simplement un lecteur curieux, voilà en tout cas une série qui démarre bien avec ces deux premiers tomes. Elle prend place dans un moment charnière de l’Histoire japonaise, quand le premier des trois grands guerriers unificateurs du pays Oda Nobunaga (avec Toyotomi Hideyohi, son second, et Tokugawa Ieyasu, premier shogun de l’ère Edo au XVIIè siècle) monte en puissance. Ken est alors autant spectateur qu’acteur ce qui nous permet de suivre de l’intérieur cet épisode.
Un épisode sans doute relativement connu des lecteurs japonais, nettement moins des occidentaux, mais que les deux auteurs parviennent à retranscrire avec beaucoup de fluidité et de rythme, nous plongeant dans cette période chargée en bouleversements, entre manipulations politiques, combats acharnés sur les champs de bataille, sièges de châteaux et ambitions démesurées de certains guerriers.

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Nul besoin donc d’être accro aux manuels d’Histoire pour apprécier ces deux premiers tomes, sachant alterner les découvertes culinaires lors des repas, qui sont autant de défis lancés par Oda à Ken, que des phases plus politiques ou stratégiques où le futur du Japon se joue et se dessine, entre la lignée des shôgun Ashikaga (l’Empereur n’a plus vraiment de rôle politique depuis 1192 et la mise en place du premier shôgun, chef militaire du pays, Minamoto Yoritomo) et les daimyos (seigneurs) ambitieux. Fiction et réalité historique se mêlent avec intelligence et permettent de divertir tout en intéressant, donnant même envie d’en savoir plus.
Bien sûr, comme dans un épisode de Columbo où on voit le meurtrier accomplir son forfait avant l’entrée en scène de l’inspecteur à l’imper, on sait déjà ici quel destin tragique attend un certain nombre des personnages mis en scène (enfin, on peut le savoir très facilement avec Internet) mais c’est la manière dont les choses arrivent qui justement intéresse. Ken doit en effet redoubler constamment d’ingéniosité et de connaissances gastronomiques pour aider son nouveau « maître » à parvenir à ses fins s’il ne veut pas voir son aventure s’arrêter très vite, la tête au bout d’un sabre…

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En soi, le personnage de Ken en lui-même est relativement vide : à l’image de ses couteaux de cuisine, il n’est qu’un instrument, un outil dans l’arsenal d’Oda. N’ayant plus la mémoire de ses années passées dans son époque d’origine en dehors de ses techniques culinaires, il reste assez effacé, neutre, sans beaucoup de personnalité pour le moment. Ça ne le rend pas moins sympathique et attachant pour autant, face aux défis à relever – qui ne perdent jamais de temps dans un amoncellement de pages de préparatifs répétitifs sans intérêt, on voit tout de suite le résultat – et aux personnages éminemment célèbres qu’il rencontre.

chefnobunaga02La mayonnaise prend donc très rapidement, sans temps mort, et le pari, a priori saugrenu, de parler d’Histoire au travers du parcours d’un cuisinier est gagné avec style. Le dessin, sobre et détaillé sans en faire trop, sied parfaitement au manga, les scènes d’action sont dynamiques sans être trop présentes, l’humour est amené par petites touches et les plats présentés sont plutôt alléchants, avec les attendus « oh mais quelle merveille » quand les papilles dégustent les créations de Ken (c’est une obligation dans tout manga culinaire, non ?).

9 volumes sont pour le moment parus au Japon et si on peut s’interroger sur ce que les auteurs vont réussir à imaginer comme nouveaux défis culinaires imposés à Ken, le parcours chargé et passionnant d’Oda Nobunaga promet de toute façon encore de très bons moments.

4 comments

  1. Le manga m’intéressait à cause de l’auteur mais le côté « cuisinier dans l’histoire » ne me tentait pas trop et je craignais de trouver un effet de redondance avec Hell’s Kitchen niveau déroulement… Néanmoins, les phases plus politiques/stratégiques pourraient me plaire et ta chronique me donne envie de tenter ce titre malgré mes a priori.

    1. Je n’ai pas testé Hell’s Kitchen donc ne peux pas comparer (je n’avais pas vu que c’était le même scénariste…). Mais là où Hell’s Kitchen me semble plutôt tourné shônen, Nobunaga vise plus âgé me semble-t-il. Et le côté cuisine est une facette parmi d’autres, on voit surtout le résultat, les plats au moment de la dégustation et Ken qui explique ce que c’est, vu qu’il utilise des techniques inconnues en 1568. Je retiens pour ma part beaucoup plus le côté historique et la rencontre des grandes figures du Japon féodal…

  2. Je n’ai lu que le début du chef de Nobunaga (et plutôt apprécié) et je confirme que ça n’a vraiment rien à voir dans le ton du manga.

  3. Je suis tout à fait d’accord avec ta chronique. J’ai beaucoup apprécié la lecture des deux premiers tomes et je me suis bien amusé de la multiplicité des défis que doit relever Ken, de l’emphase des situations si habituelle dans les mangas culinaires. Si vous avez aimé la lecture de Café Dream, des Gouttes de Dieu et autres mangas du même genre, Le Chef de Nobunaga devrait vous plaire, la dimension historique faisant l’originalité de la série.

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